| DION |
| Description : |
![]() ![]() Fiche signalétique : Nom : Dion Sexe : Mâle Race : Humain Profession : Ex-receleur d'armes Age : 21 ans Date de naissance : 16 Mortis 1217 Lieu de naissance : Archéon Signe astrologique : Elémental ![]() Son histoire : Chapitre 1 (Derrière les remparts) Zanda 04 Deficos 1238 « Donne-moi la main. » Sans hésiter, la belle Kylia tendit le bras et escalada promptement l’arrière de la charrette, hissée par Dion qui scrutait attentivement les alentours. Ils se faufilèrent silencieusement entre les équipements guerriers entreposés en masse dans le chargement, et tandis qu’ils se camouflaient derrière d’imposantes armures, les roues du transport crissèrent ; le convoi démarra. Il s’en était fallu de quelques secondes. Malmenés par les secousses du départ, les deux jeunes gens se cramponnèrent l’un à l’autre au milieu du cliquetis provoqué par les armes. Contre sa poitrine, Kylia perçut distinctement les battements du cœur de son compagnon malgré son calme apparent : tous deux savaient que dans cette entreprise, la moindre erreur leur serait fatale. Si la milice locale venait à découvrir que deux habitants tentaient d’atteindre la frontière en se glissant dans la cargaison d’un convoi militaire, ils seraient aussitôt exécutés sur place, sans aucune autre forme de procès. Ainsi se passaient les choses à Archéon. La première interdiction, à laquelle avaient suivi toutes les autres, avait d’abord consisté à ne pouvoir plus ni entrer, ni sortir du royaume. Du reste, les trois murailles circulaires érigées au cours des dernières décennies, séparant le château de la ville, la ville des exploitations agricoles, et enfin le pays entier du monde extérieur, avaient fini par décourager plus d’un archéen à envisager la moindre évasion. En effet, chaque frontière demeurait étroitement surveillée par la milice, et la fraude violemment punie. Alors que le plus grand nombre s’était résolu à finir ses jours dans le pays muselé, les dissidents, eux, avaient presque tous péri sous les coups de la milice chargée d’éliminer chacun d’entre eux. Aussi s’élevait-il parfois dans le royaume de timides murmures parlant de « corruption » et de « dictature » ; le maître des lieux s’appuyait quant à lui sur une criminalité quasi-nulle pour justifier un régime efficace qui perdurait depuis maintenant cinquante années. Or il est vrai qu’aucune effraction, aucun incident ne survenait jamais à Archéon ; pas plus qu’une parole déplacée ou le moindre chuchotement suspect. Dans les rues désertées régnait seul un profond silence aux allures de terreur. Nul besoin de chasser la révolte : elle s’était tue d’elle-même. « Nous ne devrions plus tarder à passer la première muraille qui nous sépare des fermes. » Quelques minutes s’étaient écoulées depuis qu’ils étaient partis de l’écurie, ébranlés par le heurt des roues sur les pavés de la ville. Recroquevillée au fond du chargement, Kylia s’était blottie dans les bras de Dion, qui écoutait les informations délivrées à voix haute par leur passeur. Ce dernier risquait la mort autant qu’eux en trimballant clandestinement deux fugitifs dans sa cargaison d’armes, toutefois son amitié avec le couple l’avait poussé à leur faciliter un voyage jugé suicidaire par nombre d’Archéens. Bien sûr, le pesant d’or que lui avait versé le garçon pour ce service avait grandement contribué à renforcer ses convictions. Mais il était néanmoins autre chose qui lui faisait espérer, en son for intérieur, leur réussite : Dion et Kylia, à travers la jeunesse et la puissance du lien qui les unissait, trouvaient encore la force de rêver d’un ailleurs derrière les murailles. Aux yeux du vieil Argan, qui n’avait jamais rien vécu de semblable dans ce monde terne où l’amour et les rêves avaient été les premiers bannis, le couple incarnait un tel espoir qu’il n’avait pu que s’incliner devant cette entreprise inespérée. Tous savaient combien leurs chances de réussite étaient minces. Mais les deux amants avaient acquis une certitude formelle au cours de ces longs mois de vie commune : mener une existence libre et heureuse, fonder une famille épanouie, tous ces idéaux auxquels ils aspiraient leur resteraient à jamais inaccessibles entre les murs de ce huit clos oppressant. Dès lors, le désir d’échapper à cette fatalité les avait peu à peu gagnés, les rapprochant plus encore dans leur quête de liberté. Il n’y avait pas d’avenir à Archéon. Il n’y avait plus rien, si ce n’est la perspective d’une demie existence insipide et sans but, régie par une crainte perpétuelle. Or le chemin permettant de quitter ce pays infernal menait tantôt à la fuite, tantôt à la mort : eux avaient décidé d’emprunter l’un ou l’autre ensemble. ![]() Chapitre 2 (Heureuse rencontre) [Retour en arrière] Riba 06 Renop 1235 Tandis que le soleil achevait d’éclairer le jour de ses derniers rayons, la silhouette d’un nouveau client se dessina sur le seuil de La Nation. Elle avança, haute et sombre dans le crépuscule naissant, et laissa alors entrevoir le visage de Dion, un jeune homme aux cheveux dorés et hirsutes : s’il n’avait manifestement atteint la majorité que depuis peu, le garçon averti semblait déjà marqué par une vie rude. D’un pas sobre, il se dirigea discrètement dans le fond de la salle, où il prit place à une table isolée. Le recoin de la taverne, que la lumière vacillante des torches peinait à atteindre, plongeait le jeune homme dans une semi obscurité lugubre, projetant son ombre massive et tremblotante contre les murs de pierre. Comme pour se soustraire à cette ambiance sordide, il courba les épaules et, tandis qu’il chassait le tavernier d’un geste impatient après lui avoir vaguement marmonné sa commande, il observa à la dérobée les autres clients autour de lui. Réunis autour d’un vin chaud, deux journalistes se livraient à un débat aussi animé que fumeux, ce qui suscita le sourire ironique du garçon : quelque soit l’objet de leur discorde, sans doute leurs articles du lendemain les réconcilieraient-ils autour des mérites incomparables du pays, de l’économie prospère et de la paix régnant sur le peuple reconnaissant -les quelques articles autorisés ressemblaient étrangement à ceux d’hier à Archéon-. Plus loin, un vieillard désoeuvré contemplait son verre vide, son insigne d’ « intouchable » luisant sur sa poitrine. Dion en reconnut immédiatement le signe perfide, dont le port était devenu obligatoire pour les chômeurs officiels : lui aussi, du reste, aurait dû l’arborer. Mais à la différence du vieil homme accablé par le vide abyssal que provoquait l’insigne autour de lui, Dion, lui, était un officieux. Le reste des clients semblaient pour la plupart des citoyens irréprochables. Parmi eux, Dion reconnut non sans effroi quelques miliciens en permission. La mâchoire crispée, il se ressaisit toutefois : tout cela faisait partie du plan, se répéta-t-il. La Nation était la taverne que la milice fréquentait le plus à ses heures perdues, aussi l’attention de ses partisans ne pouvait-elle être plus relâchée -l’alcool aidant- dans ce repère que tous croyaient exempt de traître. Un tel rendez-vous à l’Espérance, investie par les espions du royaume, aurait été une erreur grotesque. « Voici l’hydromel de monsieur. » annonça la voix morne du tavernier. Les yeux de Dion rencontrèrent au même instant ceux d’un milicien accoudé au comptoir avec ses camarades. Les deux hommes se jaugèrent l’espace de quelques secondes. Peut-être s’agissait-il de lui ? Quoiqu’il en fut, Dion soutint son regard d’un air paisible en inclinant courtoisement la tête : le moindre regard détourné pouvait faire dangereusement basculer le sort. Malheureusement, le milicien se contenta de lui rendre son salut en soulevant sa chope de bière débordant sur le sol, et retourna aussitôt à sa beuverie avec ses coéquipiers. Dion s’assombrit en réalisant sa méprise : dans ce milieu cerné de fervents défenseurs du régime, ce rendez-vous tacite ne lui en laissait pas le droit. « L’hydromel de monsieur. » La voix du tavernier s’était faite plus insistante. Dion prit seulement conscience de la présence du petit homme renfrogné qui attendait avec raideur à ses côtés. « Vous dites ? » demanda-t-il distraitement. « Huit pièces, lâcha finalement le tavernier d’un ton sec. Et, tandis qu’il encaissait sans ménagement l’argent que lui tendait le garçon, il s’éloigna d’un pas hostile. Dion n’y prêta pas la moindre attention. La raison de sa présence à la Nation, où il n‘aurait jamais mis les pieds s‘il n‘avait pas eu autant besoin de l’argent qu‘on lui avait proposé, consistait en une tâche cruciale. A chaque instant il guettait l’arrivée de celui qui lui lancerait cette phrase banale, dont l’apparente futilité dissimulait en réalité un mot de passe essentiel dans leur rencontre. Or cela faisait plusieurs minutes déjà que son collaborateur aurait dû se manifester. Trempant les lèvres dans la boisson en grimaçant légèrement -l‘hydromel n‘avait été qu‘un écoeurant prétexte- il continua d’attendre en fixant l’entrée de la taverne d’un regard aiguisé. « Les grands esprits de rencontrent, je me trompe ? » Dion tressaillit, interpellé par la tirade qu’il attendait depuis maintenant une dizaine de minutes. Émergeant seulement de ses pensées, il leva le nez de son verre, redressa encore les yeux qui s’attardèrent sur des courbes félines, pour enfin se retrouver face à un milicien à la silhouette pour le moins aguicheuse. Tandis qu’il s’empressait de recentrer son regard de quelques centimètres, il fut saisi par le visage délicat qui lui faisait face, presque irréel : rien de plus lumineux n’aurait pu lui apparaître dans cette atmosphère morose, chargée d’âmes grises et d’effluves de mauvais vin. Une charmante jeune femme se tenait droite devant lui, un sourire mutin sur ses lèvres, guettant un semblant de réaction de la part du blondinet désemparé. Comme celui-ci restait sans voix, acquiesçant néanmoins d’un signe de tête, la belle inconnue prit place en face de lui. Son ombre contre le mur de pierre se pencha sensiblement vers le garçon : « Je suis Kylia, le nouveau contact de la Milice Archéenne. L’ancien a été exécuté pour tentative de trahison, laquelle a heureusement pu être empêchée à temps. » Toujours bouche bée, Dion remua simplement la tête en guise de réponse, son désarroi si perceptible qu‘il en finit par amuser son interlocutrice. Elle laissa échapper un rire léger, puis détacha négligemment ses longs cheveux bruns dont la masse vaporeuse lui tomba lourdement au niveau des hanches : consciente de l’effet hypnotique de ce geste sur la gente masculine, elle fut ravie de voir le trouble redoubler dans les yeux du garçon, qui continuait de la dévisager intensément. Sans s’en formaliser, elle jeta un regard circulaire mais attentif autour d’eux avant d’interpeller le tavernier d’une voix impérieuse : «Apportez-nous deux sirops de violette, je vous prie. Et de grâce, remportez donc cet hydromel, vous voyez bien qu’il n’aime pas ça !» Tandis que Dion, légèrement déridé, affichait son premier sourire face à la perspicacité de la jeune femme, le petit tavernier obtempéra nerveusement aux ordres de celle-ci, les servant promptement avant de s’éclipser derrière le comptoir, intimidé. Dès lors commença une longue observation entre les deux individus. Alors que les yeux de Kylia, deux noisettes incandescentes, plongeaient dans le regard orageux de Dion, que les premiers sourires s’esquissaient, fugitifs, et que des sensations aussi déroutantes qu’inattendues s’emparaient des deux clients, un silence pesant s’installa entre eux. Il se prolongea encore, sans que ni l’un ni l’autre ne cherche à le briser, nullement gênés par la tension pourtant palpable, électrique qui se dégageait de leur table : étrangement puissant, le lien qui se tissait entre les deux parfaits inconnus s’imposait à eux comme une évidence. Contre toute attente, ce fut Dion qui brisa la glace le premier, aussi soudain que maladroit lorsqu’il entama à brûle pourpoint le sujet qui les avait initialement réunis autour de cette table : «J’ai besoin de trente exemplaires de vous-savez-quoi, pour demain soir au plus tard. » Piquée par ce brusque retour à la réalité, Kylia eut un imperceptible instant de flottement, mais elle se reprit aussitôt en feignant de n’avoir rien saisi de la proximité envoûtante qui venait de voler en éclat sous leurs yeux, laissant à nouveau place à l’atmosphère sombre et oppressante de la taverne. « Bien », dit-elle simplement avec un sourire insoupçonnable. « Dans ce cas… » Prenant garde à ce que leur conversation ne soit pas épiée, elle se rapprocha du garçon et fixa l’heure et le lieu de leur transfert illicite. Celui-ci se déroulerait en toute discrétion dans un entrepôt déserté sur le point d’être détruit, où ne s’opérait presque plus aucune surveillance depuis plusieurs semaines ; une occasion bien rare dans le royaume, qu’il ne fallait pas laisser filer. Tout en précisant les ultimes formalités de leur entrevue prochaine, la jeune fille avait pleinement conscience qu’en assurant le ravitaillement des insurgés d’Archéon, elle fournissait littéralement le bâton pour se faire battre ; en l’occurrence, l’arme pour se faire tuer. Elle n’éprouvait néanmoins aucun état d’âme quant à la trahison qu’elle commettait envers le régime : c’était avant que tous ces crimes s’étendent, chaque jour plus terribles, devant ses yeux. Et du reste, qui se déciderait enfin à risquer sa vie pour lutter contre cette corruption ? Elle était prête à donner la sienne pour cela : le prix d’une vie lui paraissait bien dérisoire pour la libération de tout un peuple. Ceci dit, les rêves héroïques qui l’habitaient ne tardèrent pas à se dissiper dans son esprit, cédant bientôt la place toute entière à un sentiment plus tenace, à la fois douloureux et euphorique, qu’elle ne chercha pas à chasser : elle savait qu’elle ne le pourrait plus désormais. Aussi se remit-elle à dévorer des yeux cet homme ténébreux plongé dans sa propre existence, dont le regard semblait encore s’attarder pensivement sur elle. Indéchiffrable. ![]() ![]() Captures d'écran : Notre mariage Dans le désert Résolution d'énigme Gare aux pics Mains balladeuses Belle victoire Le Titanic Vie de couple Léger décalage Des révélations Quiproquo La mauvaise foie Un sourire Le balai Défilé de mode Le mensonge |